fév 21

Exercice de dessin très libre, d’après sculptures
2017.02.15-louvre1-web

écrit par admin \\ tags: , , ,

oct 28

Une vie après l’autre
Kate Atkinson, écrivaine anglaise, s’était faite connaître il y a vingt ans avec Les coulisses du musée, un roman récompensé par la critique, qui nous emmenait faire une balade dans les secrets d’une famille touchée par le mauvais sort.
Dans Une vie après l’autre, publié en France l’année dernière, elle use encore une fois de l’écriture ironique qui est sa marque de fabrique pour nous faire suivre la vie d’une fille de bonne famille – les héros de l’auteur sont souvent des femmes atypiques – qui a le don particulier d’effectuer des retours en arrière dans le temps et ce faisant se permet de modifier le cours des événements.
L’auteur exploite ici de manière ostensible son goût particulier pour les allers-retours dans le temps et livre un bouquin porté par les histoires de famille et par le souffle romanesque de la grande histoire, mais où le destin vient tout mettre sans dessus-dessous dans un grand éclat de rire mesquin.
Comme dans Les coulisses du musée, on commence par rire, emporté par le tranchant ironique de l’écriture avant de se voir emmené sur des chemins assez tragiques qui neutralisent l’humour pourtant toujours disséminé.
(Une vie après l’autre, par Kate Atkinson, éd. Grasset)

écrit par admin

mar 15

Coups de cœur persos
- Un printemps à Tchernobyl (Emmanuel Lepage) : dans la mouvance actuelle du reportage en BD, frappant par la force du récit à la première personne comme dans le traitement graphique.
- Un thé pour Yumiko (Fumio Obata) : histoire d’un déracinement et d’un retour au pays, entre Taniguchi et le Pedrosa de Portugal (en plus concis…)
- Les cinq conteurs de Bagdad (Vehlman/Duchazeau) : faux récit d’aventure qui mène le lecteur vers des rivages inattendus et une réflexion sur les histoires et les contes.
- Alma (Peeters) : l’auteur affirmait déjà avec Lupus son aisance à monter des ambiances SF très personnelles, et il le confirme avec cette série en 4 tomes. À lire aussi : Pachyderme, qui profite de l’esthétique si délicieusement rétro-futuriste des années 50, et que j’avais déjà conseillé auparavant.

à lire également
- La mémoire de l’eau (2 tomes) : un mélange finement écrit entre fantastique et éléments “triviaux” (le littoral breton, une mère divorcée et sa jeune fille). Graphiquement, ça évoque les films du studio Folimage et il y a un découpage parfois cinématique. L’histoire est plutôt pour un jeune public.
- La nuit de l’inca (Vehlman/Duchazeau) : histoire en deux tomes d’un berger inca pris dans la tourmente alors que son pays subit une éclipse durable de soleil.
- Sanctuaire (3 tomes) : Dorison, c’est pas le genre de scénariste qui va réinventer la BD, mais il est efficace, et il construit dans ce récit-là un vrai suspense. Distrayant.
- Ibicus (Rabaté) : éloge de la débrouille et de la vie de crapule dans la Russie de la révolution, récit très saignant et désabusé.
- Les imposteurs (trois tomes, par Christian Cailleaux) : un homme se fait passer pour un homme qu’il n’est pas et s’introduit ainsi dans la haute. Mais le jeu des apparences se retourne contre lui.
- Le goût du chlore (Bastien Vivès) : Là où Polina avait une vraie profondeur, cette BD-là tient plus de l’exercice de style très elliptique. Mais il y a une qualité d’écriture et de mise en scène qui vaut qu’on s’y attarde.
- La grippe coloniale (Appolo/Huo-Chao-Si) : à la fin de la guerre de 14, des poilus créoles reviennent au pays en ayant perdu beaucoup d’illusions. Mais il leur en reste encore à perdre, vu qu’ils sont loin d’être accueillis en héros et sont soupçonnés d’avoir ramené avec eux la grippe espagnole.
- 1730 île Bourbon (Appolo/trondheim) : du même auteur mais avec Trondheim qui dessine en mode “15 pages par jour”, là aussi c’est une tranche d’histoire de la Réunion.
- Le scorpion (Desberg/Marini) : je ne m’y étais jamais plongé alors qu’on en est déjà au dixième tome. C’est du feuilleton de cape et d’épée à l’état pur ou presque. Une fois qu’on a accepté les exagérations et la touche de grand-guignol, on passe un bon moment. C’est tellement feuilletonnesque que ça s’apprécierait sûrement mieux morceau par morceau dans un journal.
- Betty Blues (Dillies) : Personnages animaliers, vieux clubs de jazz et grosse dèche. L’histoire d’un trompettiste de jazz qui sombre dans le blues, comme le suggère le titre.
- Le sculpteur (Scott McCloud) : Un jeune sculpteur accepte un contrat faustien, à savoir mourir à court terme en échange d’un talent extraordinaire. Très bonne mise en scène (on ne peut s’attendre à moins de la part d’un aussi bon théoricien de la BD), on sent un fort travail sur les personnages et l’implication de l’auteur, mais en même temps le récit ne se dépare pas d’une naïveté persistante qui nuit à son ambition tragique.
- Ici (Richard McGuire) : le genre de livre primé (fauve d’or 2016 à Angoulême) autant pour son concept, autrement dit un récit où on se promène dans le temps avec unité de point de vue spatial – lisez vous comprendrez –, que pour la valeur ce qu’il raconte. Or ce qu’il raconte s’efface un peu trop derrière le procédé. À essayer tout de même pour son caractère en effet très original.

écrit par admin

oct 20

C’est marrant de voir comment certaines oeuvres dialoguent entre elles et se superposent.
Comme de relire la fin de Vol de nuit de Saint-Exupéry avec, par hasard, Space Oddity (David Bowie) en fond sonore, avec en tête le récent visionnage de Bird People de Pascale Ferran et la lecture de la BD Pachyderme de Peeters.
Quatre “envols” magnifiques et parfois tragiques, que je vous conseille vivement.

écrit par admin

sept 29

Je me suis risqué à relire un peu de fantastique et de fantasy, un genre pas mal délaissé depuis l’adolescence.
J’ai des souvenirs mitigés des livres de Michael Moorcock : .je me suis risqué donc à lire Gloriana, uchronie renaissance… et c’est très emballant. Moorcock semble attacher plus de prix à ses écrits ironiques dans la veine de Gloriana qu’à ses écrits de fantasy, et cette lecture incite à lui donner raison.
Parmi les auteurs de Fantasy lus dans l’adolescence, il en est un d’un profil particulier : Ursula LeGuin, qui a construit son œuvre de Fantasy autour d’un monde archipélien nommé Terremer.
Si l’on trouve dans son univers l’éventail des figures classiques – dragons, magiciens, parcours initiatiques, héros élus et symboles épiques –, cet auteur prend pourtant un malin plaisir à prendre des chemins d’aventure qui mènent fort loin du récit héroïque et de l’allégorie pré-mâchée, avec un souci prononcé pour la construction des personnages couplée à la déconstruction du mythe du héros.
J’avais lu à une époque, et avec grand plaisir, le premier cycle de Terremer, divisé en trois tomes, ainsi que le quatrième tome, Tehanu, lequel en revanche m’avait déçu, et pour cause : une veuve qui élève des chèvres, un magicien sans pouvoirs et une petite fille mutique composent l’essentiel des personnages, et l’un des moments les plus épiques est celui ou l’un de ces personnages attaque un malandrin à coups de fourche ! Une relecture de ces premiers tomes a remis les pendules à l’heure : Tehanu est un très bon livre, à l’image des 3 tomes précédents, à condition de n’y pas chercher des héros surdimensionnés et de la pyrotechnie, ce dont j’étais naturellement plus friand à 16 ans.
Deux autres tomes sont sortis ces dernières années, que j’ai découverts pour la première fois : un recueil de nouvelles appelé Contes de Terremer et un dernier roman nommé Le vent d’ailleurs.
Les deux se lisent très agréablement et prolongent le parti-pris de Tehanu : la poésie du monde et l’intériorité des personnages prennent une place primordiale, adossés à un féminisme marqué, une abondance de symboliques féminines et un intérêt marqué pour des héros ancrés dans une vie de couple.
Je terminerai avec le dernier vrai coup de cœur en date dans ce registre du fantastique : La forêt des mythagos, 1er tome du cycle des mythagos (Robert Holdstock), un livre considéré à juste titre comme un incontournable du fantastique teinté de fantasy. Une surprenante plongée dans le monde des forêts mystérieuses, des mythes celtiques, un bouquin qui prend aux tripes. C’est aussi toutes les symboliques occidentales de la forêt qui se trouvent convoquées dans ce roman. Ce premier tome fonctionne très bien tout seul, et semble-t-il que les autres tomes valent moins le coup.
C’est ma lecture en fantastique la plus marquante depuis La horde du Contrevent d’Alain Damasio (mais je ne m’aventure plus beaucoup dans le fantastique et la SF).

écrit par admin

avr 11

J’ai toujours eu un faible pour les contes, alors j’ai lu sur le sujet :
– Encore un conte (le petit chaperon rouge à l’usage des adultes), de Claude de la Genardière : un bouquin centré sur le petit chaperon rouge (dont il détaille plusieurs versions) mais qui déborde sur le conte en général et qui aide à lever le voile sur le sous-texte du chaperon rouge et l’absence totale d’innocence des contes traditionnels, tout en revenant sur les analyses faites par d’autres essayistes. Grâce à l’insertion d’une version “populaire” du petit chaperon rouge, on comprend aussi mieux l’édulcoration des récits oraux opérée par Perrault et les Grimm, indépendamment des qualités personnelles de leurs œuvres.
– L’archipel des contes, de Pierre Péju : un essai sur les contes mais aussi le récit en général. J’ai beaucoup aimé ce qu’il dit du récit en général – comme quoi le récit est un rituel plus ou moins habillé et anobli par les effets littéraires – et des romans à l’eau de rose qui remplissent justement cette fonction ritualiste.
- Sept contes, de Michel Tournier : la 4e de couverture donne le ton, ce sont des « contes pour adultes, mais qui peuvent être lus par les enfants ». On y trouve des évocations de seins et de fesses, des « caresses coquines », des hippies qui fument des oinjes et des histoires de premières règles, c’est donc tout naturellement que ce livre fut édité chez Folio Junior et qu’on me le fit lire à 10 ans. À l’époque je ne compris pas tout et aimai modérément, je crois m’en souvenir. Mais à relire maintenant, c’est assez goûteux.
- La triste fin du petit enfant huître (Burton) : les contes c’est cruel, la preuve avec ce petit bijou en poésie de Tim Burton

D’ailleurs, si vous cherchez des contes modernes mais pas gnangnan, je vous conseille les productions de Praline Gay-Para (que j’ai redécouverte).

écrit par admin

mar 28

Suite aux attentats de Janvier, de nombreux dessinateurs, et j’en suis, ont sans doute ressenti le besoin de tâter du dessin d’actualité, en suivant les traces peu consensuelles de Charlie-Hebdo.
De ce que j’ai pu produire, je n’en ai posté que la moitié, pour finalement en retirer la plus grande partie, contraint par l’impression presque honteuse de n’avoir pas touché au but.
J’ai après-coup le sentiment d’avoir compris pour la première fois cette vérité : pour faire du dessin d’actualité, il faut avoir un coeur de journaliste. Il faut aimer l’actu, en bouffer à longueur de journée, être prêt à s’immerger dans la crasserie du monde et de la politique et avoir envie d’en rire plutôt que de dégueuler.
On est toujours plus inspiré par ce qu’on a dans le sang, et la pertinence et la force de conviction qui en découlent sont encore plus essentielles s’agissant de jouer d’un humour provocateur.
Et moi, l’actu prise dans son ensemble ne me donne pas cette force.
En un mot : l’humour à la Charlie, n’allez pas croire que c’est facile !

écrit par admin

fév 26

Un peu de BD ancrée dans le réel :

D’Étienne Davodeau

- Les mauvaises gens : Quand les valeurs catholiques rencontrent le syndicalisme ouvrier au cœur de la Vendée. 40 ans d’histoire familiale et de luttes sociales racontée avec l’habileté coutumière de Davodeau.

- Le chien qui louche : un des derniers Davodeau, sa participation enlevée aux éditions du Louvre, sur le registre de la comédie.

- Un homme est mort : avec Kris au scénario. Bd clairement politique, ambiance « gauchisme de combat », sur les grèves des chantiers de Brest au sortir de la guerre.

(n’oubliez pas de lire Lulu, femme nue, si vous ne l’avez pas encore fait)

et sinon :

- Retour au collège (Riad Sattouf) : récit-reportage de l’auteur qui a passé deux semaines dans un collège parisien huppé à observer les élèves au cul cousu d’or. Décapant et visiblement authentique.

- R97 (Les hommes à terre) / Les longues traversées : deux récits de Bernard Giraudeau et Christian Cailleaux sur la mer, les femmes, la vie de marin, très bien écrit, et qui sentent le vécu, comme on dit.

- Dans la secte (Henri/Alloing) : court récit tiré du témoignage d’une jeune femme qui a passé un an au sein de l’Eglise de scientologie. Instructif, concis et très bien raconté, l’histoire ne se base pas sur les préceptes de la scientologie mais sur les mécaniques d’embrigadement.

- Quai d’Orsay (Blain, Lanzac) (2 tomes): le premier tome a beau être très instructif sur le fonctionnement d’un cabinet ministériel, je l’avais trouvé un brin étouffant, peut-être par la répétition des situations. Le deuxième est plus enlevé, je trouve.

écrit par admin

fév 06

Taniguchi est à l’honneur au festival d’Angoulême. J’ai eu l’occasion de lire deux de ses œuvres il y a peu, et qui méritent le détour :

- Le journal de mon père : Récit familial, ça touche juste, comme d’habitude avec cet auteur, et c’est comme une sorte de Voyage à Tokyo (Ozu), mais à l’envers…

- Un zoo en hiver : comme pour le précédent, Taniguchi se sert de son histoire perso pour raconter une chouette histoire, sur fond de travail dans studio de mangaka. Le thème est moins universel que le journal de mon père, mais cela reste encore un exemple de la maîtrise narrative de Taniguchi.

Bien sûr, si vous n’avez pas encore lu l’exceptionnel Quartier Lointain, déjà primé à Angoulême il y a quelques années, il est toujours temps de vous rattraper.

Et pour rester dans une veine qui visuellement fleure bon la BD japonaise, mais sans en être :

- Pistouvi : À mi-chemin du manga et du franco-belge dans le dessin, c’est l’histoire hautement allégorique d’un renardeau et d’une petite fille qui vivent leur quotidien dans un monde fantasmagorique. Tour à tour enchanteur et énigmatique, une BD qui mérite sûrement plusieurs lectures dans le temps pour être justement appréciée. Réalisée dans un noir et blanc qui emprunte certains codes au manga, cette BD a finalement été rééditée dans une version couleur, peut- être pour toucher un public plus large.

- Freaks Squeele (6 tomes, histoire à suivre, par Florent Maudoux) : une histoire d’étudiants dans une fac de super-héros. Du grand n’importe quoi fait d’action débridée et de multiples références de culture “bis”. Le dessin est particulièrement dynamique et très maîtrisé, qui mélange influences japonaises et occidentales. Par contre c’est inégal : les deux premiers tomes sont vraiment enthousiasmants mais l’intérêt des suivants va decrescendo, même si le 5e est un peu au-dessus.

écrit par admin \\ tags:

jan 27

La faute à plein de facteurs, et à Internet par-dessus le marché, j’en étais venu à lire 2 livres par an, mais un peu de déconnexion m’a permis de me rattraper et ces derniers temps ont été l’exact inverse.
Je me retourne sur mes lectures marquantes depuis le changement de rythme, en ne parlant que de ce qui m’a plu, c’est plus utile.

- Journal d’un corps, roman de Daniel Pennac : c’est un journal intime, mais par quelqu’un qui raconte sa vie sous l’angle du dialogue avec son propre corps. C’est crû et enlevé. Je pensais que la structure du journal intime serait peut-être source d’un manque de souffle mais c’est le contraire.

- Gomorra (Roberto Saviano) : fameux bouquin sur la mafia napolitaine, à mi-chemin du reportage et de l’autobio, et qui ne rend pas optimiste. Description de la camorra (mafia napolitaine), son importance économique, sa philosophie, et comment mafia, misère de l’italie du sud et économie mondialisée marchent main dans la main. Certains passages sont scotchants, très loin du romantisme véhiculé par le cinéma, comme quand un des personnages prétend que l’Italie ne serait pas dans l’euro sans la mafia pour rendre ses entreprises compétitives.
Le film est bien aussi, moins profond mais donne un visage à certains lieux décrits dans le bouquin.

- Le maître d’escrime (roman de Pérez-Reverte) : Très bien. Ça m’a plus convaincu que Le tableau du maître flamand, agréable cependant. Sympathique mélange d’histoire politique et de réflexion sur la mort de l’escrime comme art de vivre.

- Soie (Baricco) : roman particulièrement court, très stylisé, qui s’apprécie plus fortement dans la version illustrée par Rebecca Dautremer. Une histoire de vers à soie et de fantasmes amoureux sur fond de culture japonaise – forcément – énigmatique.

- Le glamour, roman de Christopher Priest. Je le range dans la catégorie « j’ai bien aimé mais je reste sur ma faim » : ça parle d’invisibilité, mais il ne faudrait pas grand chose pour que ce soit de la littérature blanche, l’auteur ne s’enfermant pas dans un genre, car l’essentiel du récit tourne beaucoup autour des atermoiements amoureux et des pièges de la mémoire. Il y a de très bonnes idées, Priest sait entraîner son lecteur, et décrit son amourette sans niaiserie, mais je suis moyennement convaincu par son récit, sans doute parce que l’auteur embrasse beaucoup de thèmes sans toujours les exploiter à fond selon moi, et son intrigue tarabiscotée sur les pièges de la mémoire m’a laissé de marbre. Je le classe dans les œuvres frustrantes, car très emballant par aspects mais moins convaincant en son entier.
J’ai préféré Le monde inverti, du même auteur (dont on peut déceler les thèmes favoris avec seulement ces deux livres), plus cohérent, et plus clairement S-F.

écrit par admin

juil 05

Copie de scène de film (avec Elodie Bouchez)

cinema-bouchez

écrit par admin

fév 21

Je viens de lire Journal d’un corps, de Daniel Pennac – avec un titre pareil, comment pouvais-je résister ? – et j’y ai trouvé ce passage vraiment parlant sur la manière spontanée qu’ont les enfants de dessiner avec tout leur corps. Quel dommage d’oublier ça en grandissant. Après on passe toute sa vie de dessinateur à courir après cette force qu’on a laissée filer malgré nous.

Extrait :

« Je veille à la cuisson des œufs coque pendant que Lison dessine en silence, la main refermée sur son bout de crayon. Le dessin achevé, elle me le montre et je m’écrie oh le beau dessin sans quitter des yeux la trotteuse de ma montre. C’est un homme qui crie dans sa tête, précise l’artiste. C’est bien ça : de la tête d’un homme soucieux jaillit une tête hurlante en deux ovales et quelques traits qui disent tout. Il en va des dessins d’enfant comme des œufs à la coque, chefs-d’œuvre chaque fois uniques mais si nombreux en ce monde que ni l’œil ni les papilles ne s’y arrêtent. (…) Lison est à l’âge où l’enfant engage son corps entier dans le dessin. C’est tout le bras qui dessine : épaule, coude et poignet. Toute la surface de la page est requise. L’homme qui crie dans sa tête se déploie sur une double feuille arrachée à un cahier. La tête hurlante jaillissant de la tête soucieuse (soucieuse ou sceptique ?) occupe la totalité de l’espace disponible. Dessin en expansion. Dans un an, l’apprentissage de l’écriture aura raison de cette ampleur. La ligne dictera sa loi. Épaule et coude soudés, poignet immobile, le geste se trouvera réduit à cette oscillation du pouce et de l’index qu’exigent les minutieux ourlets de l’écriture. Les dessins de Lison pâtiront de cette soumission à qui je dois ma calligraphie de greffier, si parfaitement lisible. Une fois qu’elle saura écrire, Lison se mettra à dessiner de petites choses qui flotteront dans la page, dessins atrophiés comme jadis les pieds des princesses chinoises.

(Daniel Pennac, Journal d’un corps, ed. Gallimard)

écrit par admin

fév 15

 Il m’arrive régulièrement de dessiner de la main gauche alors que je suis droitier, comme je l’ai déjà signalé parfois. Ce n’est pas une volonté de fanfaronner ni de mettre un peu de masochisme dans le dessin. Le fait de dessiner de sa « mauvaise » main est un moyen de court-circuiter les mauvais automatismes que tout dessinateur acquiert avec le temps. Cela peut paraître paradoxal que de se contraindre à une forme de maladresse dans l’exercice du dessin qui pourtant ne peut qu’être synonyme de maîtrise du geste. C’est parce qu’il en va de l’habileté dans le geste comme de la quête d’un trésor : c’est le voyage qui compte, pas l’arrivée. Une fois qu’on croit avoir trouvé son trésor et qu’on met ses grosses fesses sur le coffre, bien satisfait, c’est le début de la fin. Quand on dessine, on est souvent en train de chercher des solutions graphiques. On veut arriver à un résultat, et comme un équilibriste, on trace son chemin entre deux abîmes, des fois on dérape un peu, ça tremble. Et puis on prend de l’expérience, et on maîtrise vraiment les solutions. Alors, on est content. On a enfin compris comment épater son monde. Et le monde il s’extasie : “ah oué tu dessines bien”. On est encore plus content. On se repose sur ses lauriers. On est le cul sur le coffre à trésors. Mais il s’est passé quelque chose d’insidieux : au lieu d’expérimenter des solutions, on se contente de les appliquer. Ce sont devenu des recettes, des maniérismes. On s’installe dans une routine, et c’est drôlement confortable la routine ; et dangereux aussi. Alors il faut toujours refuser de s’asseoir sur le coffre. Il faut éviter ces recettes, ce faux savoir-faire. Il faut retrouver de l’aventure dans le dessin. Et pour cela il y a de multiples façons ; on change d’outils, on se frotte à d’autres cultures du dessin, on fait du dessin d’observation… ou encore on change de main. Comprenons-nous bien. Ce n’est pas le refus de l’habileté, de la maîtrise, c’est la volonté d’un dessin vivant. Maîtrisé, oui, mais vivant. Imparfait, fragile, surprenant, toujours changeant. Humain, quoi. Comme a dit un jour à ce sujet le dessinateur Christophe Blain – ex-dessinateur de l’Association, de ceux qui ont changé le visage de la BD dans les années 90 – à propos de ses suiveurs et de ceux de Joan Sfar : “… ils font la même chose que nous, mieux que nous, et c’est pour ça que c’est nul”

écrit par admin

nov 05

Genesis est la grande expo visible jusqu’en janvier à la Maison Européenne de la Photographie (Paris). L’auteur des œuvres n’est autre que le grand Sebastiaó Salgado, photographe brésilien connu pour de nombreux reportages à la fois très esthétiques et au caractère social marqué.

Genesis est le fruit de plusieurs années de travail et est une ode aux beautés terrestres. Salgado a axé son travail sur les espaces où toute trace d’activité humaine est proscrite et quand genre humain il y a, il revêt les stricts oripeaux des sociétés dites traditionnelles.

Le résultat est somptueux. Certains diront “esthétisant”. Les photos sont en effet très léchées et il ne fait aucun doute qu’un travail minutieux de tirage et de retouches – je ne dis pas “trucages”, attention – a suivi les prises de vue. Mais le résultant touche au grandiose et non pas au pittoresque, loin de tout effet carte postale.

Comme on peut s’y attendre, ce genre d’exposition peut engendrer une moue dédaigneuse : Salgado est engagé dans la défense de la nature, et l’exposition fait quelque allusion au développement durable, mais rien n’empêchera le visiteur contemplant les photos de dunes magnifiques de se dire “quel pied ça doit être d’aller y faire du 4×4 !” mais je n’y vois pas une contradiction.

La seule critique qui me vient est la présence de cartels prétendant donner un caractère ethnographique à certaines photos présentant des sociétés traditionnelles, alors qu’il apparaît évident que l’absence de toute trace de modernité n’est pas une réalité mais un choix du photographe. Salgado ne nous montre pas les bergers de la vallée de l’Omo gardant les troupeaux la kalachnikov en bandoulière, ni les indiens d’Amazonie essorant leur manioc dans des tee-shirts Coca-Cola. C’est un parti-pris comme un autre, mais il faudrait l’assumer au lieu de laisser entendre le contraire.

En résumé, prenez cette exposition comme une somptueuse rêverie, un voyage dans la terre d’il y a dix mille ans, ce que l’introduction à l’exposition présente d’ailleurs très clairement.

http://www.mep-fr.org/evenement/sebastiao-salgado-2/

Ci-dessous : une des photos de l’expo, puis en dessous une photo de Carlos Fausto, tiré d’une précédente expo à la MEP (qui montre le genre de rencontre entre civilisations que Salgado a volontairement oblitéré)

salgado-5

fausto2bd

écrit par admin

sept 28

…surtout pour Régime Ludique, après une longue pause estivale.

écrit par admin