Taxe diesel C’est la reprise…
sept 21

Toujours sensible aux mots et à ce qu’ils révèlent par leur simple emploi, je scrute toujours attentivement le vocabulaire des médias et des gens, les premiers dictant souvent leurs usages aux seconds. Et s’attacher ainsi à l’usage de tel mot plutôt que tel autre, ce n’est absolument pas pinailler. Le choix des mots est le meilleur révélateur des modes de pensée collectifs.

Ceci posé, il y a quelques jours, écoutant la radio, j’entends les propos d’une animatrice qui, faisant la publicité d’un événement culturel où des artistes ont été invités à créer autour d’un thème sociétal – la fête, peut-être les fêtes de famille, je ne sais plus – nous parle de ces artistes venant « interroger » le sujet.

Eh bien, profitons-en donc pour nous interroger, nous aussi.

Vous l’aurez peut-être remarqué, parmi tous les mots qui ont colonisé le monde de l’art ces dernières décennies, celui-ci tient une place de choix : interroger. Là où les peintres autrefois « peignaient », aujourd’hui, ils « interrogent le medium-peinture ».

Je suis à coup sûr terriblement ringard, mais je considère que s’il faut interroger un sujet de société, comme le précisait l’animatrice, invitons plutôt des philosophes, des sociologues voire des ethnologues, ce sera plus riche, non ?

Si on prend l’initiative d’inviter des artistes, ne serait-ce pas plutôt pour célébrer, offrir du plaisir, émouvoir, avec des œuvres dont la force réside souvent dans le fait qu’elles offrent de l’indicible, autrement dit des émotions qui ne passent pas par des mots et ne sont de ce fait pas sorties des mains de l’artiste par une « interrogation » conceptuelle ?

Hélas, tout ça c’est has been, aujourd’hui l’artiste doit “interroger”, “inventer”, “confronter”, “bousculer” (c’est encore mieux), initier des “chocs” (ça, c’est le top du top), je vous en passe et des meilleures.

Regardez les manchettes des magazines, même lorsqu’il s’agit d’artistes de l’ancien temps, la vulgate est la même : « Le séisme Caravage », « Giotto, l’homme qui inventa la 3D », etc.

À l’origine, l’artiste est d’abord un manuel. Mais sans doute parce que travail manuel a perdu beaucoup de son lustre à notre époque, et de peur d’être comparé à ce pouilleux qu’est l’artisan, l’Ârtiste (ou artistoïde, pour reprendre les termes de Vincent Sardon) dans son incomparable noblesse d’être supérieur, se doit d’afficher à quel point ce qu’il fait est intelligent, et donc « interrogé » à mort.

Non pas que l’artiste soit incapable d’un réflexion critique. L’artiste, qui se tient souvent en marge, a plus de facilité à développer un regard critique, mais cela n’a pas grand chose à voir avec l’intelligence de l’analyse. C’est plus facile de juger de la nature d’un relief côtier quand on arrive par la mer, c’est tout.

 

Faut-il s’interroger beaucoup pour dessiner ?

Je peux vous le dire, je sais de quoi je parle, il n’y a rien de plus con que de dessiner. Cela fait appel à la partie encore animale du cerveau, celle qu’on partage avec le mouton. En réalité, en peinture ou en dessin, réfléchir à outrance, trop conceptualiser ce que l’on fait mènent souvent au désastre.

C’est sans doute pour cela que les “plasticiens” ont beaucoup abandonné le dessin et le savoir-faire, tout ça est bien trop bête et artisanal, pensez donc.

 

Mais, parce qu’il vaut mieux rire de tout ça qu’en pleurer, le jour où vous vous serez égarés dans une exposition de dessins ponctués de cartels ronflants, à la longueur proportionnelle à la prétention de l’artiste, ce jour-là… souvenez-vous du cerveau de mouton.

Bêêêêêêh !

 

Post-scriptum

Histoire de conclure définitivement ce billet vilainement rétrograde, une petite perle de blabla artistique, pêchée dans un magazine :

Mathieu Mercier est un artiste contemporain, un installateur refusant obstinément de quitter l’univers de l’objet, un bébé de Duchamp. Il utilise des choses simples – des assiettes, une bougie, une bouteille, un vélo… – auxquelles il fait dire des choses compliquées (” La tension entre deux objets crée une énigme, une question vivifiante entre le réel, l’objet, son référent et le spectateur qui a pour mission de combler avec ses propres outils le vide entre les deux “, selon Claire Le Restif, commissaire de l’exposition).

C’est beau comme de l’antique, non  ?

 

gwenael.houarno-artistes.ne.dites.pas

écrit par admin

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